La vie sociale des Sénoufo

village de sosodiLe village

Le village se présente comme un ensemble de familles réparties en concessions et en exploitations, occupant un même terroir.

Sur le plan social l'unité villageoise est fondée sur les multiples relations tissées entre les familles depuis plusieurs générations: relations matrimoniales et de cohabitation, associations de travail, groupes religieux …

La concession désignée en Sénoufo par le nom pyɛnge constitue la résidence d'une famille élargie.

On accède à chaque concession en traversant un vestibule.

Le chef du village

A la tête du village il y a un chef appelé « kùlùfòò : possesseur du village ou Tarafoo : possesseur de terre »

Il est le représentant le plus âgé des ancêtres fondateurs du village. Pour exercer ses fonctions, il est entouré d' un conseil du village, constitué par les chefs de famille.

Le conseil du village, sous la présidence du chef de terre, délibère sur toutes les questions intéressant la collectivité et menaçant sa survie, sa cohésion : litiges sur l’attribution des terres de finage, adultères, culte aux esprits protecteurs du sol. Son pouvoir est en réalité collégial.

Actuellement le chef de terre n’assume pas nécessairement le pouvoir politique, car depuis l'indépendance, il existe dans des nombreux villages un chef politique appelé dugutigi, chargé des relations du village avec l’administration.

Cependant, le chef de terre, malgré son statut de sujet, continue de jouir de ses pouvoirs fonciers et religieux

 

Les concessions

Le vestibule "Gbàànnɛ́" ou "bàànní" occupe une place importante dans la conception de l'habitat traditionnel Sénoufo.

Il est le lieu de la parole où l’on se réunit pour régler les affaires concernant la bonne marche de la famille.

Il est considéré comme le lieu de résidence de mânes des ancêtres de la famille.

Il a également pour rôle de parer aux assauts invisibles des sorciers et des « jeteurs » de mauvais sort, rendre inoffensifs les mauvais agissements de ceux-ci, réputés avoir des pouvoirs magiques.

Une fois franchi le vestibule on accède à la grande cour intérieure où se trouvent les différentes pièces : cuisine, pièces d’habitation, cases à chèvres, petits poulaillers en banco, fourneau de Karité, temple de « divinité », un puit.

Les cases rondes avec un toit conique en paille et les cases à terrasse constituent l’habitat des Sénoufo de la région de Sikasso. Elles comportent une ou plusieurs pièces et sont entourées d'une petite cour.

Toute concession sénoufo comprend parmi ses constructions de nombreux greniers. Ils constituent vraiment l'élément pittoresque de l’habitat Sénoufo. De forme cylindrique, ces greniers sont des tailles variables. Ils sont bâtis sur une solide plate-forme du bois et reposant sur de gros blocs de pierre fixés dans le sol.

Le somment du grenier est coiffé d'un petit toit conique de chaume que l'on fabrique au sol avant sa mise en place.

Une ouverture est aménagée sur la partie supérieure du grenier. On y pénètre au moyen d’une échelle en bois, ou d'un tronc d'arbre en forme de fourche.

A l'intérieur même du village l'on rencontre des places publiques dont la plus importante est le Kacogbohe située au milieu du village.

Elles servent de lieu aux manifestations populaires

 

Annexes

Les principales annexes du village sont :

  • Le Kacire ou bois sacré, résidence des esprits protecteurs du villages appelés Tugubee
  • Les cimitières : celui des enfants, celui des adultes et celui des personnes qui n'ont pas atteint l’âge adulte et des fois celui des forgerons.
  • Une autre annexe qui attire un nombreux public : c’est le marché

 

La famille

La cellule de base de la société traditionnelle Sénoufo est la famille élargie, appelée en Sénoufo Cinmporogo. Elle regroupe l'ensemble des ménages reconnus comme descendants d’un même ancêtre. En effet, dans sa structure le Cinmporogo est constitué de petites cellules appelées Ntaa, ce qui signifie la cour.

Chaque Ntaa représente un foyer conjugal : le père, la la ou les femmes et les enfants.

Les fonctions du chef de famille sont multiples :

  • <!--[endif]-->Il est le gardien de la tradition
  • Prêtre du culte familial, c'est à lui qu'incombe le devoir d'accomplir, au nom de la famille, les ofrandes et sacrifices adressés aux ancêtres<!--[endif]-->
  • <!--[if !supportLists]-->Il est le responsable de la paix et de la solidarité familiale, c’est à lui d'arbitrer les conflits qui surgissent au sein de son groupe. Il est le responsable de fautes commises par chaque membre de sa collectivité. En un mot, il est au service de la communauté familiale.

 

Pour s'acquitter de ses fonctions il s'entoure d'un conseil composé des chefs de foyer.

Ce conseil est consulté sur toutes les questions intéressant la collectivité entière et ses membres sont intimement associés à toutes les décisions prises.

Dans le conseil familial un personnage attire notre attention le « Gbantafoo », surveillant des travaux champêtres et intendant des biens qui appartiennent à la collectivité

 

Le travail

Toute la vie de paysan Sénoufo se déroule dans le village et aux champs.

Au moment de gros travaux champêtres le village reste vide. De l'aube au crépuscule le Sénoufo s'adonne avec acharnement au travail de la terre (une journée de travail va en principe de 7 heures à 18 heures).

Pendant la saison sèche le village demeure le centre de la vie quotidienne. La construction et la réparation des cases et des greniers, le tissage, la préparation du beurre de karité, la fabrication du savon, la filature, la teinture de pagne, la vannerie, la poterie et les travaux de jardinage constituent les principales activités de la saison sèche

 

 

DEVINETTES SENOUFO

 

 

Devinette (1) – Picé picé, (action de vanner) a fini le mil de mon grenier

Réponse – Un van :

(pic épicé) : « Il s’agit ici d’une idéophone impliquant le bruit qui se fait entendre lorsqu’on vanne les céréales. On utilise le van pour les vanner au fur et à mesure qu’on les puise du grenier jusqu’à ce que celui-ci devienne vide. Ce cas ne concerne pas seulement les céréales, mais s’étant à tout autre bien ».

 

Devinette (2) – Un oiseau à la poitrine blanche a fini les vivres de mon père.

Réponse – Une meule dormante :

« La meule est très souvent utilisée par les femmes pour écraser les vivres qui finissent par blanchir sa face utilisée ».

 

Devinette (3) – Monter sur une colline avec un mort enseveli.

Réponse – Une ruche :

« La ruche ressemble à un mort enseveli. On le monte généralement sur un arbre, une élévation ».

 

Devinette (4) Je vais vers le rire et le rire rit de moi.

Réponse – Une capsule de coton éclaté :

« Le coton est blanc et fait penser aux dents d’une personne qui rit ».

 

Devinette (5) Je suis allé au village de mes parents, j’ai trouvé que tout

le monde s’adosse et moi aussi je me suis adossé.

Réponse – Un pilon :

« Lorsqu’on finit d’utiliser le pilon, on l’adosse généralement contre un mur ».

 

Devinette (6) Je suis allé dans le village de mes beaux parents, j’ai trouvé

         Que tout le monde s’agrippe et moi aussi je me suis agrippé.

Réponse – Un margouillat :

« Ici il s’agit bien sûr d’une personnification du margouillat qui aime à s’agripper aux murs et aux arbres ».

 

 

Devinette (7) J’ai ramassé un bonnet rouge en courant.

Réponse – Une blessure d’orteil :

« L’orteil récemment blessé, de par la couleur rouge du sang qui en sort, semble porter un bonnet rouge ».

 

Devinette (8) Une tabatière de viande rouge.

Réponse – Une tortue :

« La coque de la tortue ressemble à une tabatière et à l’intérieur de celle-ci la chair rouge de la tortue elle-même ».

 

Devinette (9) Je suis allé dans le village de mes parents, on m’a donné

         Une couchette dont j’ignore la bonne face.

Réponse – Un rayon de miel :

« Les deux facettes du rayon de miel sont identiques ».

 

Devinette (10) Un claire de lune sous un grenier.

Réponse – Des œufs de poule :

« Les œufs de poule, habituellement blancs comme un clair de lune,

peuvent être pondus sous un grenier ».

 

Devinette (11) Partir vite, vite er retourner nonchalamment.

Réponse – C’est celui qui va à la selle :

« On se presse généralement d’aller déféquer en cas de besoin,

mais une fois soulagé, on retourne en marchant à bon escient ».

 

Devinette (12) Une braise sous un grenier.

Réponse – Un scorpion :

« Le scorpion aime à se camoufler sous le greniers. Comme une brûlure de braise, sa morsure est très douloureuse ».

 

Devinette (13) L’oiseau s’envole, l’œuf tombe.

Réponse – C’est une cale :

« La cale est conçue pour caler. Il suffit de le retirer pour que l’objet calé tombe ».

 

P.Emilio Escudero. maf

Directeur du Centre