Les groupes sociaux initiatiques Sénoufo

Les bouffons, les forgerons, les chasseurs, les devins et les tenants de la Religion Traditionnelle sont des personnages clé de la Société Sénoufo

Les bouffons (Mpwuubii)

Maniant avec un art peu commun le rire, la parole et la danse, habillés en haillons et coiffés d’un chapeau conique tressé en paille ils sont dans la Société Sénoufo la joie des petits et des grands et source d’apaisement dans les conflits.

Je me suis paré de mes plus beaux vêtements : les haillons de bouffon

Et vous avez ri de mon cœur

Je suis parti et voila que les querelles et disputes ont commencé

Laissez les discussions, tournez le dos à la mésentente.

Le bouffon est convaincu que le rire est un chemin de sagesse qui vient de Dieu

Riez ! soyez dans la joie

Je me suis habillé de la parure de Dieu : mes haillons


Le bouffon sait que la personne humaine a une dignité unique et que la bouffonnerie est un chemin de connaissance :

On vend du mil au marché ;

Mais on ne vend pas une personne.

Hommes de Kadi ! écoutez-moi

Femmes de Kampwo ! écoutez-moi

Le mil se vend au marché,

Mais on n'y achète pas une personne

 

Hommes de Kadi ! Femmes de Kampwo

Ecoutez-moi bien :

Si quelqu'un trouve que ma parole porte à l’erreur

Qu’il veuille m'en excuser

Car je ne sais pas faire la différence entre la main droite et la main gauche

 

J’ai pris le chemin de la bouffonnerie

Le chemin des vêtement en haillons, haillons de rire et de bruit

Le chemin de la bonne manière de parler

Sans peur je me promène derrière vous

Cela plait à certains et déplait à d’autres.

 

En ce temps de guerre et de violence il est bon d’écouter la sagesse de la tradition Sénoufo dans la bouche des bouffons qui sont :

  • Les médiateurs dans les conflits
  • Les animateurs irremplaçables des fêtes
  • La joie des petits et des grands
  • La parure de Dieu face à la force et l'arrogance des hommes

Les chasseurs (Luzuubii)

Pour faire partie de la société des chasseurs (Luzoge) il faut obligatoirement subir une initiation

Dans cette initiation nous énumérons brièvement les éléments suivants :
  • L’autorisation de sa famille pour devenir chasseur
  • La demande auprès d'un grand-maître qui se fait avec une poule et des kolas
  • Ces offrandes seront offertes aux fétiches tels que le Kumbenkoro, Tigibali, … et aux esprits de la brousse sigichiinbii
  • Le bain rituel appelé « ywohe-wili » qui le consacre chasseur.
  • Un enseignement sur la chasse, la brousse, le comportement des animaux, certains arbres (connaissance thérapeutiques des plantes), sur les différents interdits lui sont donnés par son maître d'initiation

 

Les valeurs morales des chasseurs

  • Le respect des ancêtres
  • L’obéissance à son maître d'initiation
  • Une bonne conduite morale
  • L'endurance
  • L'honneur

 

Un des signes distinctifs des chasseurs est sa tenue vestimentaire qui se compose

  • d'un bonnet et d'un chemisier
  • d'un pantalon fait en cotonnade et teint aux couleurs de la nature avec une dominance marron
  • sur son chemisier pendent toutes sortes d’amulettes, un sifflet appelé Tumpine, des miroirs, des cornes de biche, un couteau

 

Son armure

  • Un fusil
  • La queue d'un animal abattu qui lui sert de chasse-mouches
  • Une petite hache

 

La musique des chasseurs

  • Le nkoni sorte de harpe
  • Une castagnette métallique
  • Parfois le balafon

 

Origine du ciwara,

Dahacɛnnmɛ, un homme originaire de wakoro, voyant le nombre considérable de personne qui mourait par morsure de serpents, prit un jour le chemin de Segountila, derrière Ségou. Après quelques jours de marche, Dahacɛnnmɛ arriva à Segountila où il rencontra Dumanacɛ un  guérisseur de grande renommée. Celui-ci réserva un grand accueil à Dahacɛnnmɛ, qui resta auprès de lui quelques jours et lui exposa son problème. Le guérisseur de Segountila lui remit une corne d’antilope contenant un remède très efficace contre la morsure de serpent, et lui dit « Prends cette corne.  A l’intérieur, tu y  trouveras une poudre très efficace contre la morsure de serpent, elle t’aidera aussi à avoir beaucoup de mil ». Il lui remit également une petite louche et lui dit : « Prends cette louche et donne-toi courageusement au travail de la terre. Durant cette saison hivernale, amène-la avec toi au champ ; tu la rempliras avec la sueur de ton corps. Une fois que tu l’auras   remplie de ta sueur, viens me voir ».  Tout heureux, Dahacɛnnmɛ prit le chemin du retour. Arrivé à  wakoro, il fit comme le guérisseur lui avait dit. Chaque jour, durant toute la saison des pluies, il amenait la petite louche au champ, la déposait sur un arbre et se mettait au travail. Quand il transpirait, il allait verser sa sueur dans la petite louche. Il fit cela une fois, deux fois, un jour, un mois, mois après mois….toute la saison hivernale. Mais il constata que la louche restait toujours vide. Alors il prit à nouveau le chemin vers Segountila, alla voir Dumanacɛ et lui expliqua  ce qui s’était passé. Arrivé à Segountila, Dumanacɛ lui demanda : « Comment s’est passé l’hivernage ? »Dahacɛnnmɛ lui répondit : « Nous avons eu assez de mil et toute personne qui a été mordue par un serpent a été guérie ». Alors le grand guérisseur lui dit : « Dahacɛnnmɛ, le moyen le plus efficace pour avoir assez de mil, c’est le courage ».C’est ainsi que le ciwara arriva à Wakoro. Puis il se répandit dans de nombreux villages tels que: Kaakahan, Lapicazirii, Kuruma, Korolokahan. Avant la prise de Sikasso, on pouvait dénombrer dans la région, une soixantaine de cases de Ciwara. Aujourd’hui, il n’en reste qu’une seule  
 
 
Les membres du Ciwara
Les membres du ciwara constituent une association très unie. En hivernage, ils cultivent ensemble une fois par semaine. Toute relation sexuelle avec la femme ou la fiancée d’un membre de l’association est interdite. Une femme ou une fille de l’association en période de menstruation, ne peut ni danser ni toucher à tout objet appartenant à la grande famille des objets rituels du Ciwara.
 
Les masques
Ils représentent des grands oiseaux avec des longs becs en forme de cornes.
« Les oiseaux ciwara arrivent ! Les oiseaux ciwara arrivent ! » S’écrient les gens quand les masques font leur apparition :
Serpent et oiseau sont des opposés.
Le ciwara est donc :
Un symbole de l’oiseau qui domine le serpent,
Un symbole du ciel et de la terre,
Symbole également de la supériorité de l’homme sur l’animal.
Il y a deux masques : mâle et femelle.

 Archive photo: Ciwara

 

La danse 

La danse parle de la vie.

Elle est une danse nuptiale, un chant d’amour.

Les masques, élancés majestueusement vers le ciel, représentent l’homme et la femme : l’homme chef de la famille, la femme servante de la parenté.

L’un  derrière l’autre, l’un accroupi à côté de l’autre.

Toujours ensemble.

La force de l’homme et la douceur de la femme se donnent la main.

En dansant, l’homme s’élance avec force vers l’avant. La femme recule doucement vers l’arrière.

Ainsi en est-il de la vie : on avance, on recule, on s’en va, on retourne.

L’un arrive, l’autre part ; il y a des joies et des peines.

Il y a la maladie et la souffrance,

La vie et la mort,

La saison de pluie et la saison sèche,

Le jour et la nuit,

Le travail et la fête.

C’est le rythme de la vie

Pareil au métier et à la navette du tisserand

 

Les instruments de musique

Le balafon, les tambours ( Pinmbwòhò, Pinzugo, woro, Pinmbuu, Goloŋò

Sont les instruments qui accompagnent la danse du ciwara

 

Le Langage du ciwara

Le langage des masques n’est pas celui des hommes. Un non initié ne peut le comprendre.

Chaque masque tient dans sa main droite une corne percée d’un seul trou recouvert de cuir qu’il emploie pour communiquer.

Cette corne appelée « waradáŋi » contient de la poudre contre la morsure de serpents.

 

Les interdits

Personne ne doit passer entre les masques ; ils seraient profanés et une réparation serait nécessaire.

 

Dans le culte traditionnel du ciwara, il y a cinq éléments :

Un élément culturel : la musique, les chants, la parole et la beauté de la danse.

Un élément social : la cohésion et le renforcement du groupe

Un élément thérapeutique : Remède contre la morsure de serpent 

Un élément festif

Un élément religieux


Il y a d’autres sociétés initiatiques telles que

  • Les tenants de la Religion Traditionnelle
  • Les forgerons
  • Les devins

 

P. Emilio Escudero

Directeur du Centre de Sikasso